Témoignages d’anciens élèves

La cité scolaire Pasteur a vu passer de nombreuses générations d’élèves, dont certains ont poursuivi des parcours marquants dans des domaines variés. Ces témoignages illustrent la diversité des trajectoires possibles et l’attachement que d’anciens élèves conservent à leur établissement.

Mis à jour le vendredi 13 février 2026

François Hollande, Président de la République française (2012-2017)

Tout a commencé au lycée Pasteur.

Un destin n’est jamais écrit. Il se forge au gré des rencontres, des circonstances, des événements. Parfois il se dessine tard mais il peut se révéler précocement.

« Pasteur » fut une étape décisive pour mon engagement de citoyen. Mai 68 avait laissé des traces dans tous les lycées de France qui bruissaient encore des bruits des manifestations. La démission du général de Gaulle en avril 1969 puis sa disparition en novembre 1970 venaient clore une période, car ma génération avait grandi avec le « grand homme » à la tête de l’État. Le pays ne connaissait ni le chômage ni l’inflation, il était avide de liberté et le lycée foisonnait d’initiatives de toutes sortes, le théâtre accueillait des apprentis comédiens qui allaient faire parler d’eux, la philosophie, avec des professeurs prestigieux faisaient découvrir Heidegger, et Hölderlin aux plus curieux, les voyages lointains attiraient les plus audacieux. La mixité peinait à s’installer et St-James était loin.

C’était le temps des mobylettes, des vinyles, des boums où s’invitaient de nombreux clandestins.

Pasteur fut la circonscription de ma première élection : délégué de ma classe je fus choisi pour siéger au conseil d’administration du lycée. Je m’initiais aux débats avec les autorités de l’établissement. Je découvrais l’univers de la politique locale. Je portais fièrement les revendications de mes camarades. Le lycée était alors menacé par une invasion de chenilles qui rongeaient la charpente. Ce qui faisait courir des risques à certaines classes. Au sein de ce conseil siégeaient des représentants des parents d’élèves. L’un était un journaliste célèbre du Monde. Il m’éveilla à la lecture de ce quotidien du soir qui ne m’a depuis plus quitté. L’autre un conseiller d’État qui avait contribué à la rédaction de la Constitution de 1958 avec Michel Debré. Il fut le premier à me parler de Sciences Po et de l’ENA. J’en ignorais, alors, l’existence. Je décidai d’emprunter ce chemin.

Mes années de lycée Pasteur furent celles de mes premiers engagements. 50 ans après j’ai encore l’illusion de les avoir gardés et, pour certains, la certitude de les avoir traduits.

- François Hollande, avril 2022

Son parcours

Scolarisé au lycée Pasteur de 1968 à 1971 (année de son baccalauréat), diplômé d’HEC Paris et de l’Institut d’études politiques de Paris, François Hollande est aussi ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), promotion Voltaire. À sa sortie en 1980, il devient auditeur à la Cour des comptes, puis chargé de mission à l’Élysée en 1981, avant d’être nommé directeur de cabinet de deux porte-parole successifs du gouvernement en 1983.

Professeur d’économie à l’Institut d’études politiques de Paris de 1988 à 1991, François Hollande est élu député de la première circonscription de la Corrèze en 1988, de 1997 à 2012, et en 2024 ; il prend la présidence du club « Témoin » de Jacques Delors de 1993 à 1997. Il occupe le poste de premier secrétaire du Parti socialiste
de 1997 à 2008, après avoir été son porte-parole en 1995. Il est également maire de Tulle de 2001 à 2008, puis président du conseil général de Corrèze de 2008 à 2012.

Le 6 mai 2012, François Hollande devient le septième président de la Ve République.

Il préside aujourd’hui la Fondation la France s’engage, qui soutient des projets axés sur l’engagement et l’innovation sociale. Enfin, il est président d’honneur de l’association #StopCorruption.

Depuis son départ de l’Élysée, François Hollande a écrit plusieurs ouvrages de réflexion sur son parcours politique : Les leçons du pouvoir, Répondre à la crise démocratique, Leur République expliquée aux jeunes et aux moins jeunes, Leur État expliqué aux jeunes et aux moins jeunes, Affronter, Bouleversements : pour comprendre la nouvelle donne mondiale, Leur Europe expliquée aux jeunes et aux moins jeunes, Le défi de gouverner : la gauche et le pouvoir depuis l’affaire Dreyfus.

Didier Provost, Ingénieur et industriel

Je suis né en 1950, et je suis arrivé au lycée Pasteur en sixième A4 en 1960. Le « soutien scolaire à domicile » de ma mère m’avait permis de sauter une classe de cours élémentaire. J’avais donc dix ans.

Nous habitions Bécon-les-Bruyères, la logique aurait voulu que je rejoigne le lycée de Courbevoie, mais, ma mère voulant le meilleur pour ses fils, c’est « Pasteur » que j’ai par suite rejoint.

Le jour de ma première rentrée scolaire reste encore dans ma mémoire. Il y avait douze classes de sixième réparties entre classiques les A, qui étudiaient le latin et les M dites « modernes » qui ne l’étudiaient pas. Je ne comprenais d’ailleurs pas ce qu’il y avait de « moderne » à ne pas l’étudier.
Plus tard des réformes le qualifiant de langue morte ont quasiment fait disparaître son enseignement, pour moi une décision regrettable, car nous n’apprenions pas le latin pour le parler, mais parce que les exercices de thème et de version étaient structurants, développaient l’esprit d’analyse, du fait de ses déclinaisons et de sa grammaire.

J’entrais dans un nouvel univers fait de locaux vastes, deux grands gymnases, les terrains de hand-ball, plus souvent utilisés pour le « foot » lors des récréations, où évoluait au rythme des sonneries une population de tous âges. Je regardais souvent avec curiosité les élèves des classes « prépas » dans les classes côté Borghèse, portant des blouses blanches, intrigué par ce qu’ils y étudiaient. Je ne savais pas que quelques années plus tard je porterais cette blouse symbolique.

Mes professeurs de sixième A4 étaient M. Portier en français latin, M. Césari en mathématiques, M. Arondel en histoire et géographie, M. Blanguérin en gymnastique, M. Lavergne en sciences naturelles, Mme Raffel en anglais, M. Renaud en musique, M. Armynot du Chatelet en dessin, et l’abbé Prat en instruction religieuse, cours facultatif à l’époque.
Je peux donner les noms de tous « mes professeurs », jusqu’à mon départ de Pasteur. Pourquoi un souvenir aussi précis, tout simplement parce qu’ils étaient excellents et que derrière le souvenir de leur patronyme vit en moi ce qu’ils m’ont transmis.

Lorsque je traduis du grec ou du latin (oui encore pour le « fun ») je pense à MM. Portier, Mary et Legrand, les professeurs de quatrième et troisième A, seconde A’ qui ont formé des générations d’hellénistes.
Dans ces classes, osons le mot d’élite (douze classes de cinquième pour une quatrième A), nous avions la chance de suivre un enseignement où les humanités et les mathématiques cohabitaient harmonieusement. J’irai plus tard en hypotaupe.

Lorsque je rédige, comme en ce moment, impossible de ne pas penser à ces professeurs de français, certes rigoureux, mais qui nous poussant à l’effort ont développé en nous le goût du travail abouti, j’ose : de l’excellence.

Tous ces professeurs sans que nous ressentions la moindre contrainte savaient nous encourager à donner le meilleur de nos capacités. Ils nous faisaient aimer ce qu’ils enseignaient, et créaient une saine émulation entre les élèves.

Je pourrais écrire encore de longues pages, truffées d’anecdotes, sur mes huit années au lycée Pasteur, mais je dois conclure pour ne pas lasser le lecteur.
Aujourd’hui quand je pense à ces années, plusieurs sentiments occupent mon esprit.
Celui d’avoir été un privilégié pour avoir pu accéder à un établissement d’une telle qualité. Quelle chance !
Celui surtout de la reconnaissance pour ces femmes et ces hommes enseignants dévoués à leur mission de transmission de leur savoir, auxquels je dois tant.

Serais-je celui que je crois être au fond de moi sans eux ? J’en doute !

- Didier Provost, mars 2023

Son parcours

Je suis l’aîné d’un frère, Lionel, lui aussi ancien élève du lycée Pasteur, et d’une soeur. Je suis l’heureux père de deux garçons et une fille, et quatre fois grand-père.

Je suis diplômé de l’École supérieure d’électricité (Supélec) en 1974. J’ai exercé mon métier d’ingénieur en début de carrière dans la modélisation et la régulation de processus. Après quelques années dans le groupe Sommer Allibert, j’ai rejoint Thomson CSF (devenu Thalès) que je quitterai à 39 ans pour être mon propre patron. J’ai mené simultanément une activité de conseil en ressources humaines avec le rachat pour mon compte et la conduite de PME (plasturgie et ferroviaire). Je les ai vendues et j’ai pris ma retraite à 60 ans.

Je partage mon temps entre Versailles et Le Lavandou, et j’occupe mon esprit avec l’écriture, de la poésie versifiée (je n’aime pas celle dite libre qui me semble une imposture). Sans doute mon goût pour cette activité versificatrice est un héritage inconscient des cours que m’ont dispensés ces merveilleux professeurs de français latin grec qu’étaient MM. Mary, Legrand et Laurent, dont j’ai encore la troublante sensation que par-dessus mon épaule ils scrutent ma copie.

Thomas Serval, Inventeur et entrepreneur

Mon parcours au lycée Pasteur a été une étape décisive dans ma vie, une période où j’ai cultivé ma passion pour l’informatique et où j’ai forgé des amitiés solides qui perdurent jusqu’à ce jour.

Quittant le cadre champêtre du collège de la Folie Saint-James, j’ai choisi Pasteur car c’était le seul lycée de la ville avec l’option informatique en 1992 ! Dès les premiers jours, j’ai été frappé par le sérieux et le dynamisme de ce nouvel environnement. J’ai été tout de suite challengé par des élèves très brillants qui m’ont bien fait comprendre qu’il était l’heure de me mettre au travail !

Au lycée Pasteur, j’ai appris bien plus que des matières scolaires. Le travail en groupe, la solidarité face aux défis académiques m’ont enseigné des valeurs cruciales. Grâce à l’équipe éducative et à mes camarades, j’ai pu exploiter pleinement ma passion pour l’informatique avec succès, obtenant même 20/20 au bac en informatique ce qui n’était pas si fréquent à l’époque. Alors que je me préparais à intégrer une classe préparatoire à Pasteur, mes résultats au baccalauréat m’ont ouvert à la dernière minute les portes de Louis-le-Grand. Cependant, ce n’est qu’après avoir quitté Pasteur que j’ai réalisé la richesse de l’expérience que j’avais vécue là-bas. Les années passées à Pasteur étaient véritablement privilégiées, un terreau fertile pour l’épanouissement intellectuel et personnel dans un environnement bienveillant à taille humaine.

Mon parcours académique m’a ensuite conduit à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique et à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Ces écoles et surtout certains professeurs exceptionnels ont nourri mes passions pour l’économie et l’informatique, m’amenant à travailler sur des projets novateurs, notamment une thèse sur l’économie de l’internet en 1997. Cependant, mon chemin a pris un tournant inattendu lorsque j’ai été invité à l’université de Harvard pour finir ma thèse. Après un an, j’ai été rappelé pour faire mon service militaire, abandonnant bourses et amis. Je suis rentré précipitamment en France pour apprendre quelques jours avant mon incorporation que le service militaire était supprimé. Et c’est ainsi que, baigné par l’esprit pionnier américain et ayant un an en France avant de reprendre mes cours, je suis devenu presque par accident entrepreneur.

D’enseignant, chercheur à inventeur, il n’y a qu’un pas vite franchi. Depuis maintenant 20 ans, je combine intelligence artificielle et objets connectés pour améliorer la prévention en santé grâce à l’aide de mes associés Olivier Giroud (ancien de Pasteur) et Matthieu Delporte (père d’enfants à Pasteur). Aujourd’hui, Baracoda est reconnue comme l’une des PME les plus innovantes de France, avec plus de 70 brevets à son actif.

Le lycée Pasteur a joué un rôle déterminant dans mon parcours professionnel. C’est là que j’ai noué des amitiés durables et découvert ma passion pour l’informatique, une passion qui continue de guider mes actions et mes projets. Je suis reconnaissant envers cette institution qui m’a donné les outils nécessaires pour atteindre mes objectifs et pour laquelle je conserve une profonde affection. Je suis maintenant très fier d’avoir une demi-sœur (Léa) et trois enfants (Héloïse, Léon et Henri) qui sont ou ont été élèves à Pasteur.

- Thomas Serval, avril 2024

Son parcours

Lycéen à Pasteur de 1989 à 1992 (année de son baccalauréat), diplômé de l’École normale supérieure Ulm (1997), Thomas Serval est également ancien élève de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE). À sa sortie, il devient statisticien économiste et obtient en 1998 un D.E.A. Analyse et politique économiques (laboratoire DELTA, désormais PSE-École d’économie de Paris).

Thomas Serval a occupé plusieurs postes dans le domaine des nouvelles technologies et de l’économie. Entre 2001 et 2008, il a été co-fondateur et président directeur général du groupe Baracoda, revendu à Ingenico. Par la suite, il a rejoint Microsoft France en tant que Managing Director de la division plateforme et écosystème entre 2008 et 2010. Il a également été membre du comité exécutif de cette entreprise. Entre 2010 et 2012, Thomas Serval a été Managing Director chez Google Inc., responsable du développement des nouvelles activités de Google en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Depuis 2013, il est fondateur et président directeur général du groupe Baracoda (après rachat de la marque).

Thomas Serval détient plus de 70 brevets sur l’internet des objets et les télécoms, dont le premier lecteur de code-barres en Bluetooth en 2001 et le premier GPS Bluetooth en 2002. Il a également reçu plusieurs prix et distinctions, est intronisé à l’Académie des technologies en tant qu’expert du digital, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 2018, est représentant de l’État au conseil de surveillance d’Arte et a été nommé, plus récemment, chevalier des Arts et des Lettres.

Amanda Sthers, Écrivaine et scénariste

J’ai le souvenir du lycée Pasteur qui évolue avec les saisons, marqué par la rangée d’arbres changeants du boulevard d’Inkermann, sous la pluie, la neige, le pollen, avec l’impression qu’il m’a emmenée également vers le début de l’été. J’y suis restée trois années (de 1992 à 1995) et j’ai quitté le lycée Pasteur avec mon baccalauréat et un sourire, sur mon vélo, il faisait beau, je pédalais et je faisais la double expérience de la joie d’avoir terminé le lycée et de la nostalgie immédiate qui l’accompagnait. Je ne reviendrai plus. Je quittais une partie de l’usine à rêves pour les vivre. Avec le lycée Pasteur, j’ai gagné le concours d’éloquence du Rothary club en déclamant un poème en alexandrins sur le chewing-gum, lu des livres de philosophie dans les cours du professeur Cohen qui avait décidé que j’avais un niveau suffisant en mathématiques et que je pouvais m’adonner à ce qui serait vraiment ma vie, je me suis liée d’amitié avec des gens que j’avais peur de perdre, ça a été le cas pour certains mais je suis restée proche des êtres essentiels : Estelle, Thibault, Alexandra un temps.

Vous qui traversez ces murs, regardez bien votre lycée, il est la première pierre du reste des lieux de votre vie, il en est la fondation, et vous y reviendrez en rêve pour vous souvenir de ce que vous y avez appris, de ce que vous avez été et de ce que vous vouliez atteindre. Bonne route vers votre été !

- Amanda Sthers, avril 2024

Son parcours

Amanda Sthers est écrivain, dramaturge, scénariste, réalisatrice, productrice. Elle vit désormais à Los Angeles. Sa première pièce de théâtre Le vieux juif blonde a été jouée dans le monde entier et est entrée au programme de l’université d’Harvard. Elle a écrit dix-sept livres dont son dernier roman Le café suspendu et Les gestes paru en janvier 2025. Son dernier film Promises est l’adaptation de son livre éponyme et a été récompensé de plus d’une dizaine de prix dans des festivals internationaux.